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Analyse de l’œuvre

Partition de La Moldau (Musée SMETANA, Prague)
Photo R. Carru

Voici l’argument de ce poème symphonique:

Deux petites sources jaillissent à l’ombre de la forêt Sumava, l’une chaude et agile, l’autre froide et endormie. Elles s’unissent. Dans sa course, le torrent devient une petite rivière, la Vltava, qui se met en route à travers le pays thèque. Elle traverse les noires forêts de Bohême où retentissent les sonneries d’une chasse. Elle traverse les fraîches prairies où le peuple chante et danse aux noces campagnardes. Au clair de lune, les fées des eaux, les Roussalkas, s’ébattent et font des rondes sur le flot argenté. Dans les défilés de Saint-Jean, elle écume en cascade, se faufile à travers les rochers. Puis s’étalant dans son lit élargi, elle coule majestueusement vers Prague, où l’accueille Vysehrad, antique et solennel. Pleine de force et de gloire, elle se perd dans les lointains infinis.“

Tout commence donc par une puis deux petites sources. La flûte entame, sur des pizzicati de violons (notes jouées en pinçant les cordes avec le doigt, comme on le fait à la guitare et non pas en frottant l’archet) et quelques notes de la harpe un petit motif rapide de 7 notes, qui va se développer.

La flûte traversière

Une deuxième flûte la rejoint. Le motif s’amplifie.

Une autre source rejoint les premières, la clarinette s’ajoute aux flûtes. Un petit ruisseau, puis un petit torrent se forment. Le motif devient de plus en plus fourni, on entend une note tenue des cordes.

La clarinette

Puis le motif du début est joué par les violoncelles qui vont ainsi amener le thème principal.

Violoncelliste

Écouter toute l’introduction

Vient alors le thème de la rivière, thème bien connu, thème populaire repris par Smetana.

Ce thème est fait de 2 phrases. Écouter la première (a):

Écouter la deuxième: (b)

La première revient, mais légèrement modifiée (a’):

Écouter maintenant tout le thème de la rivière: dont le plan est le suivant: a – a – b – a’ – b – a’

La rivière va parcourir la Bohème et traverser tout d’abord les forêts.

Comment évoquer la forêt en musique? La forêt, c’est l’endroit où l’on trouve le gros gibier, cerf, chevreuil, sanglier. Les divers moments d’une chasse sont ponctués de sonneries des cors ou trompes de chasse.

Le cor de chasse et le cor d’harmonie sont deux instruments très voisins. Si la forme est pratiquement identique, la différence tient dans la présence ou non de pistons.

Le cor de chasse est limité aux notes naturelles (fondamentale et harmoniques) obtenues en pinçant plus ou moins les lèvres et en faisant varier la pression de l’air dans l’embouchure.

La trompe de chasse
Sonneurs

En faisant varier la longueur du tuyau grâce aux pistons du cor on obtient toutes les notes.

Une corniste
Le cor d’harmonie

Les deux instruments ne se tiennent pas de la même façon.

Le joueur de trompe de chasse est un « sonneur », le joueur de cor d’harmonie est un « corniste ».

Écoutons le thème de la forêt:

La rivière traverse ensuite la plaine avec ses villages, ses fermes, ses fêtes villageoises, ses noces campagnardes. Un autre thème populaire est ici utilisé par Smetana: musique populaire, musique faite pour danser, avec une pulsation très fortement marquée pour faciliter le pas des danseurs.

La Vltava dans la plaine tchèque

La nuit tombe sur la Moldau.

Le passage suivant commence par sept notes tenues aux bois.

L’eau limpide coule doucement (les flûtes nous rappellent le motif du début) pendant que les violons, dans une mélodie lente et très aiguë évoquent les fées des eaux, les Roussalkas, qui tournent à la surface de l’eau dans une ronde gracieuse.

La nuit
Ronde des fées des eaux

Le jour se lève, la rivière reprend son cours. Nous retrouvons le thème de la Moldau, mais écourté (trois phrases seulement: a – b – a’ ):

Les défilés de St Jean, au sud de Prague. L’eau aborde une pente plus abrupte, un terrain plus accidenté. Les gorges encaissées donnent soudain à la rivière l’allure de rapides.

Les rapides

Tous les pupitres de l’orchestre donnent le maximum de leur puissance. Cuivres et percussions font de ce passage le plus bruyant et le plus mouvementé. Mais également le plus petit, le plus aigu des instruments de l’orchestre: la flûte piccolo. qui parvient à se faire entendre dans tout ce tumulte.

La flûte et le piccolo

Au sortir de ces rapides, la rivière s’étale, large et majestueuse.

Le thème est ici rappelé mais transformé dans le mode majeur, ce qui lui donne une allure plus solennelle.

La rivière arrive à Prague, la capitale où l’attend le légendaire rocher de Vysehrad.

La Vltava du haut de Visehrad
L’horloge astronomique de Prague
Sur le rocher de Visehrad

Qui parle de capitale parle de nation, d’hymne. C’est avec un air martial que ce thème est ici joué. Nous écoutons maintenant l’entrée de la Moldau dans la capitale tchèque.

Smetana reprend ici le thème du premier poème du cycle.

Nous écoutons ce thème exposé à la harpe.

Enfin la rivière qui a traversé toute la Bohème va rejoindre l’Elbe et se perdre loin de son pays.

Nous retrouvons le motif de l’introduction, joué decrescendo. La rivière disparaît peu à peu.

Le confluent de la Vltava et de l’Elbe

Deux accords de tout l’orchestre achèvent ce poème symphonique.

Écoutons la conclusion

Nous allons maintenant pouvoir recoller tous les morceaux en écoutant l’œuvre intégrale.

Quelques vidéos…

Voici une version pour piano:

Une version pour orgue, très intéressante, qui permet de découvrir cet extraordinaire instrument:

Et un arrangement pour harpe par Xavier De Maistre.

Vous pourrez écouter d’autres versions en « surfant »…

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