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Suite n°2, analyse

Premier mouvement: Ouverture

Comme les trois autres la suite n°2 en si mineur commence par une longue ouverture à la française.

Mais qu’est-ce qu’une ouverture?
C’est une pièce orchestrale servant d’introduction à un opéra, un oratorio, une cantate et même, comme chez Bach, à la suite.

On distingue deux types d’ouvertures dès le 17 ème siècle:

L’ ouverture à la française
Elle est constituée d’un mouvement lent suivi d’un mouvement vif, c’est le cas ici ainsi que dans les 3 autres suites pour orchestre.
Le mouvement lent est en mesure binaire. Il possède souvent des accords saccadés et massifs.
Le mouvement rapide est généralement en mesure ternaire et commence par une fugue et se déroule entièrement en contrepoint.
Un retour au premier mouvement peut venir compléter l’ensemble.

L’ ouverture à l’italienne
Par sa structure (allegro – andante – allegro) elle annonce la symphonie moderne.
Le 1er mouvement est une sorte d’adaptation aux cordes de la fanfare qui ouvrait les représentations théâtrales au début du 17 ème siècle. Il est dépourvu de ligne mélodique continue.
Le mouvement central est souvent réservé à un soliste, particulièrement le premier violon.
Le mouvement final est bâti la plupart du temps sur un rythme de danse.

Au 18ème siècle l’ouverture est chargée d’introduire l’action et elle expose parfois les thèmes.
Aux 19ème et 20ème siècle elle devient un condensé du drame, une sorte de résumé thématique. Elle est souvent jouée en concert si bien que certains compositeurs écrivent des ouvertures sans drame (Beethoven par exemple).
Elle sera abandonnée peu à peu (Verdi, Puccini)

L’ ouverture de la suite n°2 est en trois parties.
La première partie, dans un tempo lent, est répétée.
La deuxième, très longue et rapide a la forme d’une fugue.
Une troisième partie lente conclut ce premier mouvement.

Première partie:

Un seul thème que nous pouvons découper en deux phrases (a et b). Ce thème sera répété.

Début de la phrase a
Début de la phrase b
Première partie (a-b-a-b)

Deuxième partie

La deuxième partie est une fugue. Qu’est-ce qu’une fugue?
Vous connaissez le canon Frère Jacques. Dans le canon une voix chante la première phrase (a). Quand elle entonne la deuxième phrase (b) une deuxième voix reprend la phrase a. Et ainsi de suite jusqu’à ce que chaque voix ait chanté toutes les phrases et donc que toutes ces phrases soient chantées en même temps à un moment. Ce qui donne le schéma suivant:
– a
– b et a simultanément
– c, b et a simultanément
– d, c, b et a simultanément, etc.

Plan schématique d’un canon à quatre voix

La fugue ( « fuga » en italien, qui signifie fuite) est basée sur le même principe de l’imitation. Elle peut être à 2, 3, 4 voix, voire plus, comme le canon.
C’est une forme de composition musicale dans laquelle le thème (appelé sujet) passe successivement dans toutes les voix et dans différentes tonalités. Ce qui donne au thème l’impression qu’il fuit, d’où le nom de fugue.
La reprise du sujet dans une autre tonalité s’appelle réponse.

Voici maintenant les départs des 4 voix de cette 2ème partie. C’est la suite qui se complique, surtout chez Bach qui a conduit la fugue au plus haut degré de variété et de complexité.

Début de la première voix, sujet (flûte et premier violon)
Début de la deuxième voix, réponse (deuxième violon)
Début de la troisième voix, sujet (alto)
Début de la quatrième voix, réponse (violoncelle et clavecin)

Dans la partie qu’on pourrait appeler développement (après les 4 entrées) les soli de la flûte alternent avec les tutti de l’orchestre.

Deuxième partie (fugue)

Troisième partie

Elle reprend un tempo lent et s’inspire directement du thème de la 1ère partie.
J’ai découpé ce thème en deux phrases dont nous écoutons le début.

Début de la phrase c
Début de la phrase d
Troisième partie (c-d)
Plan de l’Ouverture
Ouverture intégrale

Deuxième mouvement: Rondeau

Le rondeau est un genre poétique et musical caractérisé par l’alternance d’un refrain et de
divers couplets apparu au 13ème siècle.
C’est une forme musicale très employée dans la musique française instrumentale et vocale
du 17ème et du 18ème siècle.
Il est construit sur l’alternance d’une première période appelée refrain et de périodes
différentes appelées couplets. Le nombre de couplets n’est pas limité.
Avec Lully le rondeau s’applique à toutes les danses et envahit la suite instrumentale.


Ici le refrain est fait de deux phrases:

la première est suspensive (c’est la question, on fera suivre son nom d’un point d’exclamation)
la deuxième est conclusive (la réponse, son nom sera suivi d’un point).
Le refrain a donc la structure suivante: a! b. a! b.

Refrain – phrase a!
Refrain – phrase b.
Refrain – a! b. a! b.


La 1ère fois le refrain est joué forte (fort) la première fois et piano (faible) la deuxième

Deux couplets suivront. Nous entendrons dans le premier un rappel du refrain.

Couplet 1

Dans le 2ème couplet on remarque un rappel du refrain et un rappel du 1er couplet.

Couplet 2
Plan du Rondeau
Deuxième mouvement: rondeau

Troisième mouvement: Sarabande

C’est une danse lente et grave à 3 temps (3/4 ou 3/2) de forme binaire (2 parties) avec reprises. Chaque phrase débute sur le temps fort, le rythme caractéristique accentue et prolonge le 2ème temps une mesure sur deux. Ex. La célèbre Sarabande de Haendel dont nous écoutons le début. Ce thème est un de ceux utilisés dans le film de Stanley Kubrik de 1975, Barry Lyndon.

Sarabande de Haendel

La sarabande est très fréquente dans la musique instrumentale des 17 et 18èmes siècles et devient rapidement un des éléments fondamentaux de la suite, entre la courante et la gigue, ou avant les danses supplémentaires qui précèdent la gigue.

Ici par contre il s’agit d’une sarabande avec levée, c’est-à-dire que l’on commence avant le 1er temps fort.

Elle est en 2 parties répétées. Comme pour le rondeau la première fois la phrase est jouée f et p à la reprise. Le premier thème, A est suspensif et le deuxième, B conclusif.

Thème A!
Thème B.
Troisième mouvement: Sarabande

Quatrième mouvement: Bourrée 1 et Bourrée 2

La bourrée est une danse populaire française fortement rythmée du 16ème siècle.
A la fin du 17ème siècle et au 18ème elle prend une place importante dans la suite.
Elle disparaît vers 1750 pour renaître au 19ème où on l’utilisait pour des moments descriptifs ou pour renouer avec la tradition.
Elle est aussi dansée dans les campagnes au son d’instruments rustiques tels la cabrette qui est une cornemuse auvergnate dont le réservoir était en peau de chèvre.

La bourrée se danse par couples : la femme fuit les avances de son cavalier qui frappe le sol du pied pour marquer sa colère. La fin de la danse les réconcilie.
Elle s’écrit à 2 ou 3 temps selon les régions.

La bourrée ternaire est plus légère et plus rapide. Au théâtre et dans le suite classique elle est de rythme binaire et s’apparente à la gavotte.

Comme la plupart des danses elle a 2 parties de 4 mesures chacune (ou d’un multiple de 4). Chaque bourrée est faite de 2 phrases répétées. La bourrée 1 est répétée à la fin mais sans les reprises. Ce qui donne le plan: bourrée 1, bourrée 2, bourrée 1.

La première phrase de chaque bourrée est suspensive (question) alors que la deuxième est conclusive (réponse).

Bourrée 1 – phrase a
Bourrée 1 – phrase b
Bourrée 2 – phrase c
Bourrée 2 – phrase d
Plan du quatrième mouvement
Quatrième mouvement: bourrée 1 et bourrée 2

Cinquième mouvement: Polonaise

La polonaise est une danse nationale polonaise née au 17ème siècle. C’est une danse marchée à ¾ caractérisée depuis le 18ème siècle par un rythme d’accompagnement et une formule finale typiques. Elle était jouée et dansée aux cérémonies de mariage.

Elle fait son entrée dans la musique savante et devient un genre instrumental. On trouve des polonaises dans les suites, les partitas, les concertos brandebourgeois de Bach mais également chez Couperin, Haendel, Telemann, les fils de Bach…
A la fin du 18ème siècle la polonaise prend une forme ternaire ABA, la partie centrale qui contraste est un trio.
Beethoven, Weber, Schubert en font une pièce brillante traitée avec virtuosité. Mais c’est chez Chopin qu’elle trouve sa plus haute expression où elle prend une forme ample et développée, pathétique et souvent dramatique.

Comme la plupart des danses la polonaise comprend deux phrases répétées. La première est suspensive (question), nous l’appellerons a!

Phrase a!

La seconde est conclusive, nous l’appellerons b. Vous remarquerez que cette phrase b est deux fois plus longue que a. La deuxième partie commence comme a mais amène la phrase vers la conclusion.

Phrase b.

Dans la deuxième partie les cordes se taisent et laissent la flûte faire des variations sur les deux phrases précédentes jouées par le continuo (violoncelle et clavecin).

Variation de la flûte sur la phrase a au continuo
Variation de la flûte sur la phrase b au continuo

La première partie est ensuite rejouée, mais sans les reprises.

Plan du cinquième mouvement
Cinquième mouvement: Polonaise

Sixième mouvement: Menuet

Danse de rythme ternaire d’origine française qui comprend normalement deux parties répétées. C’est Lully qui le met à la mode à la cour de France et le menuet devient rapidement la danse la plus pratiquée. Lully l’introduit également à la scène et à partir de 1676, année de Atys, cette danse figure dans tous ses opéras.
Le menuet se répand dans toute l’Europe et comme danse de société il continuera à jouer un rôle fondamental durant tout le 18ème siècle .
Dans la suite baroque il est généralement placé à la fin entre la sarabande et la gigue. Vers 1740 le menuet fait son entrée dans la symphonie dont il devient un élément constitutif. Il se place entre le 2ème mouvement lent et le 4ème, rapide.

Vers la fin du 18ème siècle on lui ajoute un second menuet après lequel on répète le premier.
Le menuet central était écrit pour trois parties et, de ce fait, appelé trio. Il était le plus souvent d’un caractère différent du premier et écrit dans une tonalité différente.
Dans les dernières années du 18ème siècle le tempo devient plus rapide pour atteindre le presto (très rapide). Le menuet se transforme en scherzo auquel Beethoven donne la place du menuet dans la sonate et la symphonie.

Deux parties dans le menuet de la suite BWV 1067. Pas de second menuet ici donc pas de trio ni de reprise du premier menuet.

La première partie , qu’on appellera A, est faite d’une phrase « a » suspensive de 8 mesures. Elle est jouée « forte » (f,) et répétée « piano » (p).

Première phrase (a) du menuet

La deuxième partie, B, est faite de 2 phrases de 8 mesures chacune et elle est répétée également. Elle est aussi jouée f et répétée p. La 1ère phrase (b) est suspensive, la 2ème (c) conclusive.

Phrase b
Phrase c
Plan du sixième mouvement
Sixième mouvement: Menuet

Septième mouvement: Badinerie

Le mot « badin » signifie: qui aime à rire, à plaisanter.
Au 18ème la badinerie désigne l’un des mouvements de la suite instrumentale généralement à 2 temps, de tempo rapide et d’un caractère gai et léger.
Cette très courte pièce serait donc un amusement, une plaisanterie, une distraction. A voir certains flûtistes l’exécuter, il semblerait effectivement qu’ils s’amusent beaucoup à prouver leur virtuosité.

Ce dernier mouvement suit généralement le menuet sans la moindre pause et il est certainement le passage le plus connu de la 2ème suite. Il est parfois joué seul par un flûtiste accompagné au piano.

Ce « morceau de bravoure pour virtuose » est en 2 parties et chacune est répétée.

La première partie, A, comprend une phrase, a de 16 mesures.

Phrase a!

La deuxième partie, B, comprend deux phrases, b et c de 12 mesures chacune.

Phrase b!
Phrase c.
Plan du septième mouvement
Septième mouvement: Badinerie

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